Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, estime dans un communiqué publié à Strasbourg qu’il convient de traiter les gens du voyage comme le reste de la population française, après de récentes violences dans le Loir-et-Cher et la réaction de Nicolas Sarkozy.
Selon Thomas Hammarberg, «il est urgent de prendre les mesures pour traiter sur un pied d’égalité les gens du voyage avec le reste de la population française».
Selon M. Hammarberg, «il est nécessaire de faire toute la lumière et d’engager les poursuites pénales» suite au décès et aux événements de Saint-Aignan. Il s’inquiéte cependant «de déclarations récentes ainsi que des mesures d’évacuation prises au cours des derniers mois qui tendent à stigmatiser les gens du voyage et les Roms» : «L’Etat se doit de protéger leur dignité et de respecter leurs droits», affirme le commissaire.
Il juge ainsi «inadmissible» que depuis 20 ans la loi obligeant les municipalités de plus de 5.000 habitants à leur offrir des conditions d’accueil dignes «ne soit pas encore pleinement mise en oeuvre».
Invités de Bourdin Direct sur RMC ce mercredi matin, le cinéaste Tony Gatlif, réalisateur de films sur le monde gitan et l’historienne Henriette Asséo, spécialiste de l’histoire des Tsiganes en Europe, ont réagi.
Tony Gatlif : « J’ai fait des films sur les Gitans, parce que justement il y avait trop de préjugés. […] Les Roms partent de leur pays parce qu’il y a une misère incroyable. Les gens du voyage regroupent les manouches, les yéniches, les gitans du sud de la France, les catalans… Ils vivent en France depuis Louis XIV, qui leur a donné la nationalité. »
« Non, il ne faut pas faire un fichier ethnique. Ils ont des papiers, ils sont en règle. Et la délinquance, c’est pas un problème manouche. Depuis cinq siècles où ils sont ici, ils n’ont jamais attaqué une seule boulangerie, aucun commissariat, aucune mairie ; c’est la première fois dans l’histoire des manouches où il y a une histoire comme ça, qui dérape. Pour moi, la délinquance est plus un fait de la société d’aujourd’hui, et dans les villes. »
De son côté, Henriette Asséo, précise : « Les Roms (Roumains, Bulgares, Hongrois…) sont venus en France parce qu’on leur a dit qu’il y avait la liberté de circulation en Europe et qu’ils l’ont cru.
Les gens du voyage sont des Français.
Le problème, c’est le mélange des deux, qui ne s’est jamais fait dans l’histoire de la France, même pendant la seconde guerre mondiale. Donc cette réunion est extrêmement grave, parce qu’elle mélange la protection que l’Etat doit à ses nationaux et la question de la circulation intra-européenne, qui n’a pas été régulée correctement par les institutions européennes et de pauvres gens en payent le prix.
Le problème, c’est qu’il y a sur ces gens, un déferlement de haine qui n’est jamais contrôlé.
Si vous parliez comme cela de n’importe quelle catégorie de Français, vous seriez passible d’une amende pour incitation à la haine raciale. Et jamais sur les gens du voyage. Mettez « Bretons », « Corses » ou « Basques » à la place, vous verrez…
Rappelant enfin le statut administratif spécial des gens du voyage depuis 1912, l’historienne ajoute :
« les gens qui ont une profession itinérante doivent enregistrer leur famille, tous leurs enfants à la naissance, dans un régime administratif particulier : ils gardent la nationalité française. Ils ont une carte de circulation et un passeport, payent des impôts, font leur service militaire, mais n’ont ni carte d’identité, ni droit de vote.
C’est un héritage de la politique de l’entre-deux guerres et ça n’a jamais été remis en cause. Donc, je comprends tout à fait la réaction exaspérée des gens, parce qu’on a créé une situation d’illégalité de droits de la part de l’Etat à l’égard d’une catégorie de Français.
Le problème n’est pas d’opposer les bons Français aux mauvais Français.
Le problème est que l’Etat a créé une situation inextricable, qui a placé les gens dans un piège et que l’Etat doit le régler. »
Interview de l’historienne Henriette Asséo, enregistrée à l’occasion de l’expo Peuple Tsigane en 2007, le silence et l’oubli.
Retour sur une histoire française peu connue car non visible dans les livres d’histoire, envois dans les camps, pendant la seconde guerre mondiale par la police et la gendarmerie française, et pas toujours sous les ordres des Nazis …
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